lundi 13 août 2012

L'étrangère, Sandor Marai


L’été est accablant sur les rives de cette côte dalmate où se retrouvent les derniers représentants poussifs d’une bourgeoisie faussement aristocratique. On se montre, on se livre au commérage et on essaye de retrouver les fastes d’une époque à jamais disparue. Dans cette foule ridicule, un homme au visage sombre et fatigué attire tous les regards, toutes les interrogations et tous les sarcasmes des conversations à voix basse.

A l’approche de l’âge où le corps décline, il traverse une crise profonde. Il vient de quitter son épouse, sa fille, sa famille, son milieu et sa jeune maîtresse, danseuse de son état, dont la relation n’a pas réussi à le sortir de sa torpeur. Un vide profond qu’il ne parvient ni à définir, ni même à identifier, l’assaille. Pourquoi agit-on de la sorte ? Quel sens donner au moindre de nos gestes ? A quoi sert-on ?

Au terme des quelques jours au cours desquelles il remonte le fil de ses souvenirs, s’enfermant ainsi dans une impasse mortifère, il commet un acte irréparable qui scelle définitivement son exclusion. Par delà cette expérience ultime, il aura à peine eu le temps d’effleurer ce qu’il cherchait.

Sandor Marai appartient à ces écrivains pour lesquels l’art de la narration et de l’écriture n’ont plus de secret. Au cœur même de son récit se trouve cette Europe qui fut toute aussi sûre et fière d’elle en son temps qu’au moment de la rencontre avec ses personnage à la dérive, elle a décidé de se détruire. C’est un magnifique chant du cygne qui laisse entrevoir avant de disparaître la perfection d’un cri de désespoir.

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