lundi 3 décembre 2012

Refuge, Terry Tempest Williams, Gallmeister



Le Grand Lac Salé au pied des monts Wassatch dans le nord de l’Utah abrite dans ses marais le refuge de Bear River où viennent se reposer, se nourrir et nidifier plus de 200 espèces d’oiseaux migrateurs  qui traversent par millions les Etats-Unis de l’Arctique à l’Amérique du Sud.
La pérennité de cet habitat naturel dédié aux oiseaux dépend essentiellement des crues saisonnières du Grand Lac Salé dont le niveau doit se maintenir à un niveau constant de 1 282 m, au-delà le refuge est inondé.
L’année 1983 où commence le récit est le début de l’accélération des crues du Lac, mettant en péril la vie des oiseaux. C’est sur cette tension constante que Terry Tempest Williams, qui aime et étudie les oiseaux "indicateurs de la vie" et  « pour la simplicité  de leur vol et leur forme au dessus de l’eau" doit faire face à la récidive de la maladie de sa mère déclarée après les essais nucléaires au cours des années 50 dans le Nevada.
Sans aucune sensiblerie et dans une langue très sobre, l’auteure témoigne comment elle a d’abord refusé la fin proche de sa mère avant de l'accepter : " En déniant son cancer et même sa mort, je lui dénie sa vie ; "Le déni.... nous séduit avec nos propres désirs et élève adroitement des murs autour de nous pour nous donner une impression de sécurité. Je veux faire s'écrouler ces murs".
Sa nouvelle vision de la mort, qui n'est pas sombre, l'encourage à accompagner sa mère qui  ne veut vivre que l’instant présent  « continuer à espérer que je vais survivre alors que je suis en train de lâcher prise, c’est me voler cet instant ».
Ce que j’aime beaucoup dans ce récit est l’entrelacement  poétique de l’observation naturaliste et « consolatrice du chagrin » des oiseaux  menacés de disparition avec le lent et douloureux cheminement spirituel pour accepter et accueillir la mort. 
Un témoignage poignant sur la capacité de l'individu à aimer pour faire partie d'un tout.
Comme nous le fait entendre si intensément Terry Tempest Willliam, en  prenant le symbolisme de la spirale  nous sommes "en mouvement vers l'intérieur et vers  l'extérieur" de contraction et d'expansion d'énergie, comme la Terre en mouvement, la vie n'est pas équilibre.
Un très beau et bouleversant "nature writing" dont l'écriture et la profondeur touche chacun de nous.


Zakuro

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