dimanche 27 janvier 2013

Maisons perdues, Nathalie Heinich, Editions Thierry Marchaisse


Le récit de Nathalie Heinich est comme un album photos noir et blanc ou un rêve pour se souvenir.

Se souvenir des êtres chers, d'une époque, de soi comme un effet miroir dont le réceptacle est une maison "je devais avoir cinq ou six ans, et je lisais un livre d'images où il était question d'un groupe d'enfants qui jouaient et vivaient dans un livre - chaque double page était une pièce de leur maison. Vivre dans un livre, tous ensemble : une image du bonheur total qui m'a emplie de la certitude, soudain que c'était à cela que devait ressembler la vraie vie".

10 maisons de la lignée maternelle et paternelle fréquentées par l'auteure qui disparaîtront un jour du giron familial , 10 chapitres d'une géographie du coeur par les chemins de la Provence, du Massif central, d'Ile de France et de Bretagne pour un retour en Provence.
Pour y parvenir, Nathale Heinich convoque une image ou son inconscient pour faire revivre le temps de ces bâtisses qui sont d'avantage "qu'un toit, deux fenêtres et une porte" et nous les faire aimer.

Comme la physionomie d'une personne, la maison quelle soit rurale, urbaine ou de résidence secondaire a sa particularité propre : type d'architecture locale, agencement intérieur (les pièces de vie, teinte des tissus, nappes, motifs du carrelage..) sans oublier le jardin, prolongement indispensable de lieu de vie en harmonie avec la nature ; La maison est là devant nous tant la description est dans le moindre détail, tant elle est vraie.
A l'intérieur de la maison comme les bras d'une personne, l'auteure selon son état intérieur vit et ressent soit des moments de bonheur intense soit parfois de triste solitude, seul cas où elle sera soulagée de laisser une part d'elle même.

Pour l'auteure, le pur bonheur est la ferme du Monteillet, où enfant elle séjournait en vacances et s'emplissait d'émotions et de sensations : courir libre dans la campagne, chanter, écouter l'aboiements des chiens, sentir le café du matin, goûter la saveur des fruits, respirer l'air, s'enivrer de lumière. Adulte, ces sons et ces goûts lui rappelleront toujours Monteillet mais sans plus ressentir leur extrême jouissance parce que "la petite fille a cessé d'exister".
Aide à la construction de la personnalité au temps de l'enfance et de l'adolescence, "maison médicament" où l'on aime se réfugier en cas de blessure, la maison porte aussi l'état d'épanouissement intellectuel, l'amour des livres, l'inspiration qui sera pour l'auteure Montmachoux.

De fait, le récit fourmille de références littéraires classiques où est rattachée avec émotion une maison à une histoire lue à l'enfance ou à l'adolescence .
Adulte, il s'agit pour l'auteure de trouver ou "constuire une maison avec l'homme de sa vie" correspondant à leur projet de vie en commun.

Chacun de nous a son "Monteillet", lire ces lignes fait ressurgir dans notre mémoire avec bonheur et douce mélancolie ce que l'on a connu et....perdu. Perdu pour non possession, par la vente à un tiers, dégradation, démolition ou impossibilité de reconnaître LA maison dans le cadre d'une restructuration urbaine : "mais ne pas même savoir si ce qu'on a connu existe encore, et où, alors même qu'on y est - comment l'accepter ?".

La grande réussite de cet essai qui était une gageure de Nathalie Heinich est, en le lisant, de partager le deuil que l'on fait un jour d'une maison qui nous a vu grandir et de surmonter la douleur de la perte en se consolant de ces mots qui touchent profondément.




Zakuro

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