mercredi 25 juin 2014

La boîte aux lettres du cimetière, Serge Pey, Editions Zulma


https://www.librairielafabriqueareves.com/livre/6823368-la-boite-aux-lettres-du-cimetiere-pey-serge-zulma

Dans cet opus hanté la guerre civile d'Espagne qui a marqué son enfance, Serge Pey tel un chaman invoque la poésie. Une poésie à la fois étrange, simple sans rimes ni strophes, "une poésie qui défait les noeuds de la pensée". Une poésie révolutionnaire "une poésie qui n'aime pas la poésie." révélée comme maxime.
Voilà, le décor est posé, la magie peut glisser maintenant dans la musique des mots et le silence des phrases.

L'invisible est visible, les choses s'animent, les morts s’incarnent, le monde s’inverse. Nous suivons Serge Pey enfant puis adulte dans la progression de plus de 30 courtes nouvelles tour à tour cruelles, drôles, cocasses et touchantes mêlant l'intime au politique, celui-ci parfois traité de manière burlesque.
Les récits ainsi peuplés d'images suréalistes sont comme des tableaux vivants.

Nous faisons la connaissance de son père, maître des belles leçons de choses de la vie , un philosophe qui va transmettre son goût de la poésie dans une ancienne porcherie tranformée en école. Sa mère courageuse et silencieuse « la bouche remplie d’épingles » allusion à son métier de couturière.
D’autres personnages, tous non conformistes figurent dans ce récit : sa tante appelée l’hirondelle, Chucho qui approche les grillons pour imiter dans une flûte leur son strident (le chant de la guerre) , Le Chien (astronome érudit), Pua, poète bohème et Turco à la mystèrieuse bibliothèque où les livres se doublent.

Chaque nouvelle est remplie de symboles sur la vie, l'espérance (la boîte aux lettes du cimetière), la résistance avec l'image du saumon qui sait user de son observation et de la puissance de la cascade pour nager à contre-courant.
De beaux passages parlent de la littérature et du pouvoir des livres "Quand nous lisons un livre, c'est souvent le livre qui nous lit. C'est pour cela qu'il nous faut deux livres,car l'un garde ce qu'il a volé de nous, et l'autre ce que nous lui avons pris". "Le véritable lecteur du livre est ce livre fermé, et nous devons devenir ce livre pour le lire".
Et sur ce qu'est la poésie "la poésie est une expérience de la langue qui se fait corps et d'un corps qui se transforme en langue".

La lecture est très agréable et linéaire, les nouvelles s'enchaînent les unes aux autres de manière naturelle, sans cassure. J'aime reprendre dans le texte le symbole de la porte comme lieu de passage qui transformée en table pour accueillir tous les invités un jour de mai devient objet d'expériences nouvelles et d'apprentissage.



Zakuro


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