dimanche 12 juillet 2015

Ligne 12, Emmanuelle Pagano, Le Square éditeur



https://www.librairielafabriqueareves.com/livre/7307116-ligne-12-emmanuelle-pagano-le-square
"Ici on ne prend pas la mer, on vient écouter chanter son bord".

Avec "ligne 12", le voyageur-lecteur ne prend pas le métro parisien, il traverse les horizons.
Emmanuelle Pagano est la merveilleuse conteuse qui nous transporte aussi bien dans les  grandes étendues de la toundra pour goûter les petites  canneberges rouges que dans l'intimité de la chambre d'un artiste  de Reims si encombré de toiles de ciel immense qu'il ne  le voit  plus jamais de sa fenêtre.   Nous fait prendre le vent et les brises de l'Océan Atlantique, traverser les plaines argentines avant de rejoindre  une île de l'Antarctique où "lorsque l'écume gèle, on voit des petits trous. Les plumes de l'oiseau qui vient de se poser fument dans le froid".
Chaque station de la ligne 12 correspond à un point méridien à l'échelle de ce voyage autour du monde. Nous sommes en mouvement. Un paysage s'esquisse,  s'érode naturellement, change.  Se transforme aussi brutalement par les changements climatiques "nous laisse découvrir un paysage qui aurait dû attendre d'être vu, auquel nous aurions dû être préparés peu à peu. Il se retire comme un drap brusquement enlevé, secoué".
 A chaque station, l'écriture poétique et sensible de l'auteure nous fait ressentir de manière très proche ses émotions et ses songes, nous raconte une histoire, un lieu, des hommes. 
Ses pensées vont vers ces  ailleurs oubliés où résistent encore des villageois abandonnés.  Vers cet océan immense, bâteau-fantôme des exilés, et solitude des marins où le bruit des écoutilles et des machines remplacent le chant de la mer. Les textes sont marqués par le désir de  "rêves de trouées de lumière" et  où le vent, l'eau, la pluie, les brumes, la neige, la glace forment  les embruns mouillés d'une prose poétique.
Les illustrations des petits personnages hommes et femmes aux tons gris-bleu et rose de Marion Fayolle sont très douces. Les courbes et les traits remplissent les surfaces comme une légende de relief géographique, un bout de terre, un bout de nous-mêmes.

"Les couleurs changent à cause de la météo, orageuse au large. La mer, séparée en deux par un brise-lames, n'a pas la même couleur, n'a pas les mêmes bleus, d'un côté du brise-lames et de l'autre. Le brise-lames est un brise couleurs, un brise-bleus."



Zakuro.




 

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