samedi 15 juin 2013

La fin d’Alice, A. M. Homes, Actes Sud


Attention, nous conseillons ce livre, mais seulement à des adultes majeurs, avertis et conscients tant certaines scènes de La fin d’Alice peuvent profondément choquer même après avoir lu Lolita. Le cadre est donc posé pour un roman qui aura mis 17 ans à être publié en France. La première édition américaine date de 1996. A sa sortie en Grande-Bretagne, le livre fait scandale puis est boycotté par plusieurs chaines de librairies suite à divers scandales sexuels qui ont traumatisé l’Europe.

Le livre de Homes est toutefois d’un grand intérêt au point de servir à présent dans la formation des thérapeutes soignant la pédophilie : une jeune bourgeoise déçue par ses premiers pas dans la vie adulte décide d’entretenir une correspondance avec un détenu d’une cinquantaine d’années incarcéré pour un crime pédophile commis 20 ans auparavant. Elle souhaite en effet comprendre les pulsions qui l’animent lorsqu’elle se découvre une passion dévorante pour de jeunes garçons. Pris en charge de bout en bout par le prisonnier qui se fait narrateur, le récit se ponctue, parfois très crûment, des obsessions qui les envahissent et des mensonges que l’un et l’autre s’inventent pour s’éviter un lucide regard sur eux-mêmes.

La composition du roman (nous restons malgré tout dans la fiction) est si maitrisée qu’on en vient à oublier que la jeune étudiante peut n’être qu’une invention du récit malsain et manipulateur d’un pédophile mu par le seul désir d’inspirer la pitié. Mais il est déjà trop tard, l’auditeur, de naïf est devenu un voyeur qui a plongé au plein cœur des ténèbres d’un dangereux déséquilibré.

On saura gré à A. m. Homes de proposer à travers cette fin d’Alice une salvatrice relecture féminine d’Alice au pays des merveilles qu’une lecture, masculine elle, avait peut-être porté un peu vite au pinacle de la liberté créatrice sans en explorer les fondements et ses conséquences funestes.

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