samedi 12 octobre 2013

Partition silencieuse, Ea Sola, Editions Libella-Maren Sell


1970, au sud vietnam. Une grande famille déchirée par les idéologies de 2 frères. Le récit tourne au coeur de l'un des frères, Dinh.
Dinh, le père patriote telle une ombre part dans la forêt, revient, y retourne ; Iris, la mère française lutte contre les pluies torrentielles et la boue pour faire pousser sur les hauts plateaux des piments vendus sur les marchés, qui est leur seule richesse ; Xa, la fille se tient au milieu, espère le retour de son père, aide sa mère sans relâche.
Xa ne comprend pas bien ce qui se passe, pourquoi son père n'est pas là. Xa attend.
Tout est beau, sombre, mystérieux dans ce récit magnifié par l'originalité de l'écriture chorégraphique : saccadée, ralentie, arrêtée. Ce mouvement se retrouve également dans l'alternance entre passé et présent du récit, des années 1948 à 1975.
Bien sûr la guerre est là, on entend au loin les grondements, les étincelles. Mais l'auteure s'attache plutôt à rendre compte de ce qui fait le quotidien de cette famille, de leur attachement à la terre quasi viscerale et pudique à la fois. La nature y est décrite avec force, les personnages apparaissent tels qu'ils sont, sans fard, sans jugement.
Des êtres happés par l'Histoire dont ils ont du mal à s'échapper.

J'ai beaucoup aimé l'écriture au plus proche du naturel, au plus vrai, des mots simples très évocateurs.
J'ai lu ce livre comme on regarde un spectacle de danse tant l'auteure Eao Sola qui est aussi chorégraphe a su combiner harmonieusement le rythme, la figuration, la description.
Ce qui est envoûtant et qui me plaît énormément est l'atmosphère générale qui reste mystérieuse avec la forêt, les bornes kilométriques des routes avec toute leur symbolique, les disparitions.

Vraiment, un très beau moment.



Zakuro

En complément de cet avis, voici un court extrait de Partition silencieuse :

"J'ai pensé à vous. Dans la forêt, parmi l'odeur des terres. J'ai pensé aux montagnes, aux arbres, à l'herbe. J'ai pensé que votre fils nous avait donné à voir le paysage. Le paysage me manquait, la forêt aussi. Vous et votre fils aussi. J'ai regardé la pluie tomber, et j'ai cherché le passé. Je vous parlais. Et je parlais à votre fils. Je parlais à la montagne, et aux arbres, et à l'herbe. Je dois demander à votre fils : "Pourquoi" ? [...] Nous laisser avec le paysage, pourquoi ? Nous laisser dans la nature, sous le pluie et sous le soleil, pourquoi ? Tout donner pour la libération du pays.
Maintenant, que lui reste-t-il ?

Les boules de prière ne roulent plus sous ses doigts, la lumière pase à travers le tulle de fer, elle dit :
- Oublie, c'était la guerre."


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